La curiosité est-elle vraiment un vilain défaut… en entreprise ?

Avis aux curieux ! Qui s’est vu répéter “la curiosité est un vilain défaut” durant sa tendre enfance ?
Sachez que je l’ai entendu. Beaucoup. Beaucoup. Beaucoup. Et j’en suis plutôt fière 🙂

Bon ok… La curiosité peut être mal placée ou malsaine. Mais dans une grande majorité des cas, elle reste une grande qualité en Entreprise.
A votre avis, pourquoi un candidat qui pose une question à un entretien d’embauche est bien mieux perçu qu’un autre qui n’en poserait pas ? On vous explique tout ça dans notre article et on vous donne quelques astuces pour encourager votre curiosité ou celle de vos collaborateurs.

La curiosité, un gage de performance ?

Et oui, ce “vilain défaut” est une qualité de plus en plus valorisée en entreprise. La curiosité permet de prendre du recul sur les situations, de collecter des informations et des avis, de développer son imagination, de…. J’arrête là car je pourrais continuer ainsi un long moment.
Et c’est prouvé ! Francesca Gino, scientifique du comportement, a réalisé une étude auprès de 200 personnes travaillant dans des secteurs différents. Chaque matin, elle envoyait à la moitié d’entre eux un message stimulant la curiosité ; à l’autre moitié le message concernait l’intellect. Après 4 semaines, les 200 personnes ont répondu à des questions évaluant les comportements innovants au travail. Et devinez quoi ? Oui vous avez deviné. La première moitié a eu de meilleurs résultats.
Être curieux nous permet donc d’ouvrir le champ des possibles et de répondre avec plus de flexibilité aux attentes du marché et aux pressions extérieures. 

Etes vous curieux ?

Alors, vous ne trouvez peut-être pas de corrélation entre les performances d’un employé et sa capacité à connaître toute la vie de Bernard (vous savez, celui qui passe toute sa journée à la machine à café pour montrer des photos de ses enfants et de son chien). Et bien, c’est normal ! On ne parle pas de cette curiosité là. Quoi que…Même s’il est préférable de montrer de l’intérêt pour des informations plus utiles, tout type de curiosité est la bienvenue.
“Tout type de curiosité”Hum. Cela veut donc dire qu’il existe plusieurs curiosités ? Tu l’as dans le mille Emile !

Le modèle à 5 dimensions

Ce modèle a été développé par Todd Kashdan, David Disabato, Fallon Goodman et Carl Naughton. Pour la petite histoire, ils se sont eux-mêmes appuyés sur d’autres chercheurs tels que Edward Deci, Marvin Zuckerman ou Britta Renner. Autant vous dire que ça en fait des cerveaux derrière le modèle à 5 dimensions de la curiosité ! 
Dans leur étude, chaque dimension repose sur des intentions et des objectifs différents : la curiosité sociale, la sensibilité au manque, l’exploration joyeuse, la tolérance au stress & enfin, la recherche du frisson ouh

1. La curiosité sociale

Si dans le métro, vous vous surprenez à observer les autres passagers, c’est votre curiosité sociale ! Si par contre, quelqu’un vous observe avec un regard pervers, on ne parle plus de curiosité sociale, évidemment ! C’est aussi à cause d’elle qu’on s’intéresse à la vie de Bernard pendant la pause-café. Voila, tout s’explique.

Plus sérieusement, la curiosité sociale est fortement liée à l’empathie. L’empathie favorise l’écoute et le dialogue. Elle vous permet de comprendre le comportement et les sentiments d’autrui. Il ne s’agit pas d’être d’accord ou non avec lui mais de savoir se mettre à sa place avec bienveillance ; à travers des échanges & l’observation.

On connait tous un Bernard à la pause café !

 

Pourquoi la curiosité sociale est importante en entreprise ? C’est simple. Qu’est-ce qui permet à une entreprise de réussir ? Beaucoup de chose, bien sûr. Et en grande partie, c’est sa capacité à comprendre ses clients. 
Pour une entreprise, il est fondamental de connaître les spécificités, les besoins, les comportements de sa clientèle. Pour cela, l’observation et l’écoute restent des compétences indispensables. Une personne capable d’observer les gens qui l’entourent et surtout capable de repérer les mécanismes comportementaux adoptés par ses interlocuteurs sera un atout inestimable pour n’importe quelle entreprise.
Et ça marche aussi pour ses équipes en interne, ses fournisseurs, etc. Evidemment.

2. La sensibilité au manque

Vous faites appel à cette dimension de la curiosité lorsque vous ne vous sentez pas totalement à l’aise sur une mission parce que vous manquez d’informations et que cela vous porte préjudice.
La sensibilité au manque part donc d’un sentiment “négatif” de manque. Vous recherchez alors le moyen de revenir à une situation plus confortable en comblant ce vide avec de nouvelles informations. 

Pourquoi la sensibilité au manque est importante en entreprise ? Parce qu’elle va vous pousser à trouver les informations pour pouvoir accomplir ce qui vous est demandé. C’est le cas lorsque vous cherchez à argumenter sur un sujet mais qu’il vous manque des informations pour convaincre votre interlocuteur. Vous allez alors faire preuve de curiosité et rechercher un complément d’informations. Histoire de clouer le bec à Yvette !

3. L’exploration joyeuse

L’exploration joyeuse, c’est le sentiment ressenti lorsque vous courrez dans un champ de tulipes, main dans la main avec votre enfant, suivis par une horde de papillons colorés. Vous voyez ? Bon en vrai, c’est la curiosité que vous ressentez en découvrant un nouvel endroit. 
A l’inverse de la sensibilité au manque, l’exploration joyeuse provient d’un sentiment agréable d’émerveillement pour le monde qui nous entoure. J’étais pas si loin du coup avec mon histoire de papillons non ?!

Les curieux lorsqu'ils découvrent un nouveau pays

Pourquoi l’exploration joyeuse est importante en entreprise ? Elle permet de s’intéresser spontanément à des sujets, sans besoin particulier. Malheureusement peu valorisée, elle permet aux individus d’avoir une ouverture d’esprit et une culture importantes ; d’avoir une vision différente et des inspirations plus larges lorsqu’une situation problématique se présente. 

4. La tolérance au stress

Quoi ? Serge vient de vous appeler pour vous dire que le gros dossier sur lequel vous bossez est à rendre pour dans 2 jours et pas 12 ?!
Soit vous angoissez à l’idée de ne pas y parvenir, soit vous êtes tout excité à l’idée de ce nouveau challenge. On réagit tous différemment à l’idée de découvrir quelque chose de nouveau.
Et cette tolérance au stress impacte notre curiosité. Quelqu’un qui réagit mal à l’inconnu aura tendance à s’informer beaucoup en amont pour ne jamais être pris au dépourvu. Il sera par contre moins enclin à explorer de nouveaux domaines. A l’inverse, les personnes avec une forte tolérance au stress sauront affronter des expériences nouvelles.

Pourquoi la tolérance au stress est importante en entreprise ? Que vous soyez d’un extrême ou de l’autre, la tolérance au stress peut être un atout d’un point de vue professionnel. Bien sûr, votre poste et vos missions ne seront pas les mêmes en fonction de cette tolérance. Si vous avez du mal à gérer l’inconnu, vous aurez tendance à toujours monter en compétence pour pallier cette sensation d’inconnu et de perte de contrôle. Ce comportement peut être intéressant pour une entreprise car vous chercherez sans cesse à repérer les lacunes et à les solutionner. A l’inverse, si vous n’avez pas peur de l’inconnu, vous pourrez garder votre sang froid dans des postes incertains où l’on ne peut pas toujours tout contrôler.

5. La recherche du frisson

Amateurs de parcs d’attraction, ce paragraphe est fait pour vous ! Ou pas.
La recherche du frisson est liée à la tolérance au stress. Les individus à la recherche du frisson n’auront pas peur de se mettre en danger pour vivre des expériences hors du commun. Ils sortiront de leur zone de confort pour accomplir du “jamais vu”. Ces risques peuvent être physiques lorsqu’il s’agit par exemple de partir à l’aventure dans un pays dangereux mais aussi financier lorsque l’on prend un risque professionnel.

Pourquoi la recherche du frisson est importante en entreprise ? Parce que les personnes avec ce type de curiosité aiment prendre des risques et sortir des sentiers battus. Une belle force dans des secteurs liés à l’innovation. L’étude conseille néanmoins de les associer à des collaborateurs plus vigilants ou de les soumettre à des règles. Histoire de ne pas sous-estimer les risques encourus. C’est la curiosité qu’on retrouve par exemple chez les traders : soumis à un grand stress, ils doivent prendre des décisions parfois risquées mais toujours régies à des règles de sécurité.

Comment fait-on pour être plus curieux en entreprise ?

On s’entoure de petits curieux…

Vous êtes embauché !

Puisque la curiosité n’est plus un défaut mais une qualité en entreprise, alors elle devient un nouveau critère de recrutement. D’où le petit “piège” en entretien d’embauche : “Et vous, vous avez des questions sur notre entreprise ?”.
Si un candidat montre qu’il ne s’intéresse pas uniquement à son poste mais aussi au fonctionnement de l’entreprise, alors il continuera à avoir cette vision du global lorsqu’il accomplira les missions quotidiennes liées à son poste.
Autre astuce : vous pouvez demander à un candidat “quand s’est-il intéressé à un sujet méconnu pour la dernière fois?” pour avoir un aperçu de sa curiosité. Si celui-ci vous répond qu’il s’est intéressé aux placements financiers lors d’un stage dans une banque, c’est peut-être qu’il n’est pas curieux naturellement et qu’il ne le sera pas à moins d’y être contraint par son travail.
En revanche, s’il vous parle d’un projet personnel pour lequel il a fait des recherches, il est probablement de nature curieuse.

… et on leur donne des opportunités !

Vous pourriez embaucher des salariés aussi curieux que vos parents aux repas de famille, si vous ne leur laissez pas la liberté de contenter cette curiosité, ça ne sert à rien !

Tout cela passe par l’état d’esprit que vous insufflez à l’entreprise en tant que dirigeant ou manager. Si vous limitez le travail d’un employé aux missions qui lui sont “normalement” confiées, il ne se sentira pas libre d’explorer et de suivre de nouveaux chemins.  Un collaborateur, toujours plongé dans les tâches quotidiennes, aura du mal à prendre le temps de voir les enjeux de son poste dans la globalité de l’entreprise. Donnez-lui le temps et les moyens d’imaginer, de chercher, de comprendre, de questionner.

Idée 1 : favorisez les endroits de rencontre avec des espaces informels dans votre bâtiment. C’est ce que le groupe Avril a fait avec la création d’un “noyau”, un immense espace central de rencontre & de passage sur son nouveau Campus à Bruz.


Et oui, si les personnes de services différents peuvent se rencontrer facilement dans votre entreprise, cela fera émerger une intelligence collective, source d’innovation. Si vous voulez en savoir plus, j’ai écrit quelque-chose là-dessus.
Alors favorisez ce choc des cultures pour bouleverser le fonctionnement de votre entreprise. Vous ne pouvez pas être force d’innovation en continuant de faire comme vous avez toujours fait.

Idée 2 : favorisez les groupes de projet interdisciplinaires. Autrement dit : travaillez à l’horizontal ! Pas allongé, comprenons-nous bien.
Réunissez des personnes d’horizons différents sur une problématique ou un projet particulier. Faites-les réfléchir au cours d’une séance d’idéation sur le pourquoi du comment. La diversité de leur point de vue vous obligera à voir le projet sous tous ses aspects.

Idée 3 : apprenez à faire confiance à vos collaborateurs.
Si l’un d’entre eux montre une grande curiosité, il est important de lui donner l’occasion de monter en compétences. Et oui ! Parce que même s’il n’a pas les compétences nécessaires pour assurer un poste supérieur, il est curieux ! Donc il se renseignera pour être à la hauteur des missions qui lui sont demandées. Il est donc parfois préférable, pour certains postes, de faire confiance en quelqu’un qui aura un regard neuf sur ce que vous lui demandez de faire.

Et c'est comme ça qu'on trouve plus de curiosité en entreprise !

Alors maintenant il ne vous reste plus qu’à encourager la curiosité, à attiser l’intérêt de vos collaborateurs pour ne jamais rester sur des acquis et se poser des questions. Sur tout. Tout le temps.
Et j’espère qu’à présent, vous réfléchirez avant de dire à vos enfants que la curiosité est un vilain défaut 😉

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